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Le lien entre l'Eglise et l'Etat


A l'instar de son discours devant les protestants, lors du colloque des 500 ans du Protestantisme à la mairie de Paris en septembre dernier (nommant les protestants "vigies de la République"), Emmanuel Macron a su trouver les mots pour toucher le coeur des catholiques lors de son discours aux évêques de France au Collèges Bernardins à Paris, le 9 avril.

Une phrase, pourtant, dite au début de son intervention, a suscité de vives polémiques : " le lien entre l'Église et l'État s'est abîmé, et il nous importe (...) de le réparer." Le président de la République a d'ailleurs précisé un peu plus loin que "certains pourront considérer que de tels propos sont en infraction avec la laïcité."

Est-ce le cas ? Peut-être un peu quand même...

Je ne peux, il est vrai, que me réjouir de la volonté de dialogue de Monsieur Macron avec les différentes religions et sa volonté de défendre une laïcité qui intègre pleinement le fait religieux et qui ne se définit pas comme anti-religieuse, ou anti-cléricale. La laïcité, c'est le cadre qui permet à tous de croire ou de ne pas croire, et de le dire ! Ce n'est pas l'évacuation des religions de la sphère publique. De plus, réagir sur cette seule phrase, sans tenir compte de l'ensemble du discours (1), est pour le moins discutable. Et Nicolas Cadène, rapporteur général de l'Obervatoire de la Laïcité, estime sur Twitter que "sur la laïcité, honnêtement, le discours global ne fait qu’en rappeler la définition classique et le cadre commun à tous : le respect par tous des lois de la République."

Il n'empêche que... parler de "lien entre l'Etat et l'Eglise à réparer" résonne quand même de façon un peu étrange voire ambiguë. D'autant que parmi nos amis catholiques, une certaine nostalgie d'une "France chrétienne" existe encore parfois... Et dans son discours, lorsque Emmanuel Macron dit "Eglise", il pense à l'Eglise catholique (comme c'est le cas en général dans les médias en France, ce qui a toujours le don d'agacer un peu les Protestants, d'ailleurs...).

Les fondateurs de l'Union d'Eglises dont je suis le président (l'Union des Eglises évangéliques libres) ont posé comme un de ses fondements, au milieu du XIXe siècle, la séparation d'avec l'Etat. C'est d'ailleurs la signification de notre qualificatif "libre". Nombre de "libristes" ont été des partisans actifs de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat en 1905. Il est bien dans la tradition protestante, et tout autant dans celle du Réveil du XIXe siècle, que d'insister sur la foi comme un acte personnel et libre. Or, Alexandre Vinet, théologien suisse du Réveil, affirmait que "la perte de la liberté religieuse entraîne la ruine de toute liberté" (2). Nous devons donc être attachés à la laïcité qui garantit cette liberté (tant qu'elle ne tombe pas dans une caricature d'elle-même en excluant les religions, évidemment...).

Mais le Nouveau Testament invite explicitement les croyants à respecter et à prier pour les autorités en place. S'il doit y avoir séparation entre les Eglises - les religions - et l'Etat, il doit bien y avoir un lien entre les croyants et l'Etat : la Bible invite les chrétiens à être de bons citoyens ! Mais, pour faire référence aux paroles de Jésus, il faut aussi garder suffisamment de distance par rapport à l'institution (pour être vigie de la République ?) et pouvoir "rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu", et vivre en disciple de celui qui a dit "Mon Royaume n'est pas de ce monde." Les responsables évangéliques aussi doivent sans doute prendre garde à ce que leur désir d'être connus et bien vus des autorités ne les fasse pas glisser parfois vers une déférence un peu dérangeante...

Il n'y a donc sans doute pas de lien à réparer entre l'Eglise (catholique) et l'Etat, mais il y a de manière évidente un espace commun à partager et à habiter, dans la solidarité, et les croyants, tous les croyants, n'ont aucune raison d'avancer masqués pour y respecter la laïcité ! 

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