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Retour sur Protestants en Fête

Du 27 au 29 octobre, j'étais à Strasbourg pour Protestants en Fête (PEF), le grand événement en France de l'année de commémoration des 500 ans de la Réforme protestante. Trois jours intenses et riches, par le programme proposé, l'organisation impeccable, les rencontres nombreuses (et les retrouvailles d'amis que je n'avais parfois pas vus depuis plusieurs années).

Passons rapidement sur l'inauguration du village des fraternités, place Kléber. Il y avait du monde mais ça se passait sous la tente principale, ne pouvant accueillir que quelques dizaines de personnes. Les autres, dehors, n'ont pas vus grand chose, même s'ils ont entendu les prises de paroles des officiels. Un peu frustré, donc.

Par contre, l'étape suivante était prestigieuse. J'ai eu le privilège d'assister, avec quelque 500 personnes invitées, à la cérémonie d'ouverture officielle de PEF, dans l'hémicycle du conseil de l'Europe. Un cadre prestigieux pour une cérémonie solennelle avec des invités de marque qui ont pris la parole, notamment Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, et Wolfgang Schaüble, président du Bundestag allemand. Le ministre de l'Intérieur s'était visiblement informé sur le Protestantisme pour son intervention, dans laquelle il a souligné, comme l'avait fait Emmanuel Macron devant le colloque à Paris, une conception saine de la laïcité qui ne s'oppose pas aux religions. Il a même cité la Genèse, le Lévitique et l'épître de Paul aux Galates ! Quant à Wolfgang Schaüble, son discours (en français !) témoignait d'une vraie connaissance du Protestantisme. Une cérémonie, certes formelle, mais réussie pour ouvrir le grand rassemblement.

Le lendemain était la plus grosse journée, avec de nombreuses animations proposées dans différents lieux de la ville. Il faut dire que Strasbourg était un écrin idéal pour PEF, rassemblant dans son magnifique centre-ville tous les lieux d'animation (places, églises, temples et salles) : on pouvait tout faire à pied ! Et on avait le plaisir de croiser partout des participants de PEF, reconnaissables au foulard bleu officiel que tout le monde portait.

Je m'étais concocté mon programme, qui a commencé avec la conférence de Jean-Paul Willaime, sociologue, sur la minorité protestante, s'appuyant notamment sur la récente étude sur le Protestantisme parue dans l'hebdomadaire Réforme, et rappelant au passage (comme lors du colloque de Paris) qu'il refusait la distinction souvent faite entre protestantisme historique et protestantisme évangélique : les évangéliques sont aussi historiques que les luthéro-réformés !

J'ai aussi assisté dans la journée à un concert autour des chorals de Luther, avec le très bon "Petit choeur" de Forbach et le magnifique orgue de l'église Saint-Thomas. Une heure de paix et de méditation. Puis à la conférence "Un nouvel élan pour la Fédération Protestante" qui présentait l'ouvrage issu du travail interne sur le lien fédératif, en particulier pour soutenir Valérie Duval-Poujol et Christian Krieger qui ont fait un travail remarquable !

Entre ces différentes manifestations, j'ai pu visiter des expositions. Notamment Luther en automne, intéressante exposition d'art conceptuel pour laquelle j'ai bénéficié d'une visite guidée par son concepteur, Philippe François. Mais aussi l'excellente exposition « Traits d'esprit, des images pour ne pas se prosterner », autour de caricatures en lien avec la religion (et notamment le protestantisme).  Il y avait bien-sûr l'incontournable visite du village des fraternités, avec ses nombreux stands témoins de la vivacité de l'engagement associatif protestant, et de celui de la place Gutenberg, autour des éditeurs et médias protestants, avec le studio de la plateforme des radios protestantes qui émettait en direct plusieurs heures par jour.

Et le soir : la nuit des thèses ! Un concept original pour un événement inédit : cinq fois trois prises de paroles courtes (10 minutes) pour présenter une thèse en lien avec la fraternité (thème global de PEF), puis un temps de réponse aux questions. Le tout diffusé en FacebookLive sur Internet. Avec quelques respirations musicales et deux pauses pour se restaurer, la nuit a duré de 20h30 à 1h30 ! Ce qui a fait de cette nuit des thèses un petit événement historique, c'est qu'elle a rassemblé pour la première fois des enseignants et doctorants des cinq facultés de théologie protestantes de France, toutes tendances théologiques confondues. Ne serait-ce que pour cela, il fallait y être ! Au niveau du contenu c'était, forcément, un peu inégal. Tout le monde n'a pas réussi à se plier à la présentation d'une thèse, qui devait être suffisamment pertinente et compréhensible par tous. J'ai trouvé certains un peu confus, d'autres formellement trop académiques. Pour moi, trois présentations sortaient du lot. Celle d'Elisabeth Parmentier qui présentait la démarche oecuménique comme une voie exemplaire vers la fraternité, contre tous les fanatismes. Celle de Neal Blough revisitant l'histoire d'une fraternité intra-protestante compliquée dès le XVIe siècle et invitant les facultés de théologie à laisser plus de place à la dispute théologique, y compris pour aborder les questions qui fâchent. Et celle de Frédéric Rognon qui proposait un regard lucide sur la diversité protestante d'aujourd'hui et le défi que cela représente pour la fraternité.

Après une nuit un peu courte (mais heureusement qu'il y avait le changement d'heure !), il fallait prendre le tram, bondé de protestants qui se rendaient au Zénith de Strasbourg pour le culte XXL : près de 10000 participants, trois chorales, de nombreux musiciens, pour un culte diffusé en direct et en Eurovision à la télévision. Apogée de Protestants en Fête, ce culte a été un grand moment. J'ai été plusieurs fois gagné par l'émotion : lorsque tout le monde a chanté « Je louerai l'Eternel » après un temps pour faire mémoire, ou bien-sûr en chantant « A toi la gloire » après la prédication, ou au moment de la lecture de Jean 15 par un non-voyant, à partir d'une Bible en braille, ou avec le témoignage de deux réfugiés syriens accueillis par une famille protestante, ou lors du temps d'intercession où deux résidents handicapés de foyers protestants ont été associés à la prière.

Ce culte apportait le plus belle des conclusions à PEF. Je l'ai vécu comme une expression joyeuse et paisible de la famille protestante, dans sa diversité, ne taisant pas les tensions et les blessures qui existent en son sein (il y a été fait référence sobrement dans une prière), mais résolument tournée vers Celui qui fait de nous des frères et des sœurs. Un signe d'espérance.

Commentaires

  1. Bon résumé en effet. J'y étais et je considère que la fête était plutôt réussie.
    On peut remercier l'UEPAL (Union des Eglises protestantes d'Alsace et de Moselle) d'avoir repris le flambeau alors que l'événement aurait du avoir lieu à Lyon. Mais divers participants évangéliques ont prêté main forte et nous y avons vécu un grand moment, autant dans les préparatifs que lors de la fête elle-même.
    J'ai assisté au concert du samedi soir au Zénith rassemblant entre 4000 et 5000 personnes pour voir IMPACT, groupe musical chrétien canadien de haut vol. Ce fut un grand moment de qualité musicale mais aussi spirituelle.
    J'aimerais rendre un hommage tout particulier à MM.
    - Bernard S. (UEPAL) pilote du projet, mais tellement discret et n'apparaissant dans aucun générique !
    - Bernard K. trésorier de l'événement.
    Tous deux ainsi que beaucoup d'autres se sont donnés sans compter. Un grand merci à eux.
    C'était en tout cas une fête qui laissera beaucoup de bons souvenirs.

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