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Quelques échos du colloque Protestantismes - convictions et engagements

Les 22 et 23 septembre, j'étais à l'hôtel de ville de Paris pour assister au colloque "Protestantismes - Convictions et engagements." En voici un écho personnel, forcément subjectif.

Le colloque se voulait avant tout historique et il l'a été de façon stricte le premier jour. Les intervenants, historiens de renom, étaient remarquables, les exposés denses. Parfois un peu secs peut-être : le pasteur que je suis a trouvé qu'il manquait un peu de théologie et de spiritualité... Mais je dois avouer qu'à la fin de l'après-midi, je ne pouvais me départir de la sensation que jusque là le colloque avait quand même un petit goût d'autosatisfaction protestante ! Mais pourquoi pas... on n'a pas tous les jours 500 ans !

En tout cas, l'événement était ensuite, en début de soirée, la venue d'officiels, à commencer par Anne Hidalgo, la maire de Paris (qui avait déjà accueilli les participants au colloque en début d'après-midi) et, surtout, le président de la République, Emmanuel Macron. L'approche de sa venue s'est manifestée par l'arrivée d'une nuée de journalistes, bloc-notes à la main et toutes caméras dehors ! Son allocution, qui a bien duré 45 minutes (et une bonne partie sans note), à été remarquée : il faut avouer qu'il est vraiment bon dans cet exercice. Il s'est montré habile dans sa façon d'aborder des thèmes qui résonnaient de façon particulière chez les protestants, comme la laïcité ou les questions de bioéthique, tout en appelant les Protestants à être les "vigies de la République" !

Mais la longueur de l'allocution du président de la République a fait prendre du retard au programme, surtout qu'il s'est offert un bain de foule, avec nombre de participants voulant absolument lui serrer la main ou, mieux, faire un selfie ! J'avoue avoir regardé ce spectacle d'un air un peu amusé... Mais on ne peut que se réjouir de voir le président de la République honorer de sa présence un événement commémorant les 500 ans du Protestantisme, défendant à l'occasion une laïcité qui ne s'oppose pas au religieux mais reconnaît la légitimité publique de tous.

Dommage que, du coup, le début de la soirée artistique a été repoussé très (trop) tard ! Et l'assistance s'est retrouvée de plus en plus clairsemée au fil de la soirée... Dommage de ne pas l'avoir anticipé car les artistes présents apportaient une dimension de spiritualité et une fraîcheur bienvenues !

La deuxième journée à été plus à mon goût que la première. Plus variée dans les sujets abordés. La première séquence a été sans doute celle que j'ai préférée, autour du protestantisme et de l'expression artistique : musique, littérature, image... et cinéma. Ceux qui me connaissent ne s'étonneront pas si je vous dis que cette dernière intervention m'a particulièrement intéressée, d'autant que le propos de Mark Alizart était remarquable, et un ton qui tranchait un peu avec un l'académisme qui régnait plutôt jusque là. Son analyse cinématographique du tableau "la loi et la grâce" de Cranach et sa lecture protestante des westerns et de Star Wars étaient un vrai régal !

La séquence suivante, autour du thème protestantisme et modernité était aussi de belle tenue. Avec notamment les réflexions toujours pertinente de Jean Baubérot autour de la laïcité, un remarquable exposé de Gabrielle Cadier-Rey sur le féminisme et une belle synthèse de la question par Jean-Paul Willaime. La dernière après-midi était consacrée à deux tables ronde, la première autour des engagements citoyens (avec notamment un parallèle osé de Sébastien Fath proposant de voir dans le protestantisme évangélique le "tiers-état" moderne du christianisme). La deuxième table ronde portait sur les engagements solidaires mais je n'ai malheureusement pas pu y assister.

En conclusion, j'ai vécu un colloque dense, varié et de qualité. J'en suis ressorti stimulé dans ma réflexion. Même si je dois avouer que, parfois, j'ai eu quand même un peu l'impression que les évangéliques étaient encore regardés comme des bêtes curieuses, parfois un peu envahissantes. Il y avait bien la caution historique anabaptiste de Neal Blough (toujours pertinent), et la participation du spécialiste incontournable des évangéliques, Sébastien Fath. Mais quand même... Il faut dire aussi que dans la salle, les participants, pour une large majorité, n'étaient pas évangéliques. C'est dommage : il faut que les évangéliques investissent plus ces rendez-vous du protestantisme ! Mais merci en particulier à Jean-Paul Willaime d'avoir rappelé très justement que les évangéliques étaient autant des protestants "historiques" que les luthéro-réformés. Et merci à Gabrielle Cadier-Rey d'avoir souligné l'influence positive du Réveil du XIXe siècle pour l'émancipation des femmes et de certaines Eglises évangéliques pionnières dans l'accès des femmes à la prédication (comme l'Armée du Salut ou quelques Eglises baptistes).

Autre point positif : le gros effort porté sur la communication, avec la diffusion du colloque en Facebook Live, la publication de vidéos sur le compte youtube de la FPF, dont une courte interview de votre serviteur... enregistrée à la fin de la première journée (ici). Je crois que les conférences devraient aussi être mises en ligne, vous pouvez déjà les retrouver sur la page facebook de la FPF. Enfin, il y avait quelques twittos actifs pendant le colloque (là, on pourrait sans doute faire mieux...) avec le hashtag #FPFcolloque2017.

Et j'oubliais : deux "prophéties" ont été prononcées pendant le colloque ! La première par Aude Millet-Lopez, responsable du service communication de la FPF, qui a présenté l'ouvrage "Les protestants. 500 ans après la Réforme" comme un best-seller... alors qu'il sortait seulement à l'occasion du colloque ! Ceci dit, l'ouvrage en vaut la peine, joli reflet de la diversité protestante. La "prophétie" se vérifiera donc peut-être ! La deuxième "prophétie" est plus inattendue puisqu'elle émanait d'Emmanuel Macron qui a évoqué dans son allocution la FPF et le CNEF "sous un même toit"... ce qui n'est pas vraiment le cas aujourd'hui ! Mais qui sait, demain ?

En tout cas, le prochain grand rendez-vous pour cette année de commémoration, c'est dans un mois à Strasbourg pour Protestants en Fête. Et ce serait bien, pour le coup, que les évangéliques se mobilisent pour y participer (l'inscription c'est ici) !

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